PILAR SALTINI

Et si Pilar ne travaille jamais sur un seul tableau, mais sur quatre ou cinq à la fois, une grande partie de son temps, elle le passe à regarder ses toiles. Non seulement, elle les abandonne sur les murs quelques jours pour après les redécouvrir comme si elles avaient été peintes par quelqu’un d’autre, non seulement elle les déplace sur le chevalet et es fait voyager dans l’espace et les bougent comme bougent les images liées à ses souvenirs. non seulement : elle les observe au miroir. C’est une manière de les extraire du lieu où elle est en train de les “fabriquer” pour voir si elles résistent à n’importe quel autre lieu. Toutes doivent subir cette épreuve. “En les regardant au miroir, je comprends la direction que je suis en train de prendre : ce qui va et ce qui ne va pas d’un point de vue architectural. Et puis, enfin, c’est une manière de m’en détacher”. Le miroir non plus symbole de la vanité, mais ici frontière entre tragédie et jeu. Entre récit ou évocation. Silence, absence, distance. Ou simplement oubli? Comme si enfin la mémoire, celle qui a guidé Pilar dans sa création, sa mémoire personnelle et profonde, avec ce geste du miroir et dans le moment précis de l’abandon de l’oeuvre terminée – ou plutôt de son partage – puisse enfin devenir notre mémoire. Devenir mémoire collective .