Thierry Carrier

<< Si c’était donc bientôt la fin, la fin des êtres, la fin des temps où tout devait disparaître… Si il fallait défendre un dernier bastion, il serait sans doute celui là, la Chambre. Celui où l’on découvre l’autre dans ce qu’il a ou ce qu’elle a de plus intime, celui où l’on se retrouve seul pour rechercher certaines réponses sous forme d’introspection, celui ou l’on s’octroie le repos, celui ou l’on va s’aimer à en mourir. La Chambre d’Hôtel est un Sanctuaire de l’intime, du soi, de la construction du souvenir, c’est  une forteresse universelle et inébranlable. >>

Thierry Carrier


Portrait de l’artiste
Thierry Carrier est né en 1973 à Bort-les-Orgues (France). Il vit et travaille aujourd’hui dans le Lot (France). En 1992, il obtient son baccalauréat en Arts appliqués à Aurillac (France). De 1993 à 1995, il étudie à l’ école des Beaux-arts de Toulouse (France) mais s’en va prématurément car ces études ne correspondent pas à ses attentes. De 2000 à 2004, il devient assistant technique au FRAC Auvergne de Clermont-Ferrand (France) (assistant de Philippe Cognee, Carlos Kusnir, Bruno Perramant, Luc Tuymans, James Reilly, ou Helmut Dorner entre autres, pour leurs expositions respectives). En 2005 il travaille 3 mois comme assistant technique pour le montage de l’exposition « llya Kabakov » au Musée d’art Moderne et Contemporain des Abattoirs de Toulouse (France). Depuis 2006, il est Affilié à la Maison des Artistes. Voici comment l’artiste parle de son travail: “Aujourd’hui je m’applique à pratiquer, par une lecture sensible, un art « intelligible ». Les personnages représentés dans mes toiles, (qui sont souvent ma propre représentation) ne sont en aucun cas ancrés dans un espace géographique reconnaissable. Les tableaux sont sans titre et par cela, ne remplissent pas les codes habituels du travail d’un portraitiste. On se retrouve devant différentes mises en situation d’un état, un monde de silence, une représentation dépouillée de l’Homme, un être en suspend et insondable, une peinture reflétant ma propre aspiration au silence”.
 

Sanctuaires
Série de représentations dépouillées de chambres d’hôtels, où règne une présence dans le silence. Se plonger dans ces espaces à la lumière feutrée, dans une atmosphère chargée de passé, c’est faire l’expérience de la perte, de l’abandon…Subsistent quelques traces et la mémoire. Thierry Carrier nous livre dans ses peintures la force d’une immobilité qui semble suspendre le temps, l’espace d’un instant : Une permanence dans l’éphémère. Tout comme la lumière d’un passé qui n’est plus, et qui pourtant nous éclaire dans l’obscurité.

Email de Artiste: tcarrier1@free.fr

Facebook: https://www.facebook.com/Thierry-Carrier-paintings-615661211854564/

Portable: 06 77 25 23 46



 Ses toiles, sans titres, sont codées (des suites de numéros, voilà leur nomination: un repère semblable aux rayonnages des stocks Ikea), et semblent représenter des scènes inexistantes. Au sens où le décor est réduit au minimum: une tenue et, exceptionnellement, une marmite. Au sens où la pose est réduite au minimum: un corps, ou plus précisément un buste, de face et, exceptionnellement, un corps allongé, le visage et les mains tendus vers l’issue du tableau: le regard de l’observateur. Le travail de Carrier est à la fois minimal et massif, tout comme l’effet qu’il produit: à la limite du soutenable. C’est que, sur la toile, l’artiste traverse son modèle et donne à voir ce qui en lui résonne lorsqu’il peint. Ce geste, probablement commun à tous les créateurs, est rarement si proche de la surface des œuvres qui nous sont données à voir tant il demande du courage et tant il met son producteur à nu, en position de vulnérabilité.


Ludovic Duhamel, Miroir de l’art N°42 juin 2013

L’angle d’équilibre

Des portraits sans concessions, où l’artiste fouille les interstices de nos consciences…

Rien ne les distingue du commun des mortels. Ni leur apparence physique, ni leur mise, ni leur façon de se camper au milieu d’un grand espace vide. A peine si l’on perçoit au fond des yeux une once de lassitude, une petite flamme de dépit, ou d’incompréhension, comme si quelque chose commençait de se rouiller sous la surface, quelque chose de souterrain, qui chemine en silence, qui ronge l’intérieur.

Ces portraits comme d’ultimes instantanés, avant, peut-être, que les choses ne dégénèrent, que le poids de la vie devienne trop lourd à porter pour ces êtres solitaires. La peinture ici comme un moment suspendu, l’angle d’équilibre d’une vie, le moment où bascule sans que l’on n’en sache rien toute une destinée. Ce peut être l’apogée du bonheur, le début de la fin ou le début d’une autre vie.

Thierry Carrier saisit dans ses portraits, par la magie des pigments et du dessin, le visage secret de nos existences. Sur la toile, les personnages sont mis à nu, dévoilés, percés à jour par le pinceau acéré de l’artiste. Nulle compassion, nul pathos, nulle volonté d’édifier, mais un regard clinique, presque froid, qui s’efforce de pénétrer au cœur du sujet, là où se terrent les contours secrets de nos personnalités.

Art sans fard, art lucide, cette peinture est une exégèse amère de la façon avec laquelle notre société moderne éreinte l’individu, le fragilise, le déboussole.